Le livre…

Il s’appelle Antoine, elle se fait appeler L., il est assistant parlementaire, elle est hackeuse. Leur point commun ? Ils ont trente ans aujourd’hui et ont choisi de dédier leur vie, officiellement ou clandestinement, à un engagement politique. Au moment où démarre l’histoire, ils se sentent fragilisés. Antoine parce que la défiance et même la haine qu’il lit contre les politiciens de métier commencent à déteindre sur lui, entamant chaque jour sa confiance en l’action politique. L. parce que, depuis l’arrestation de son compagnon, elle se sait observée, suivie, et peut-être même menacée.

Antoine et L. vont se rencontrer autour d’un doute : peuvent-ils raisonnablement espérer se défaire d’ennemis bien plus grands qu’eux, eux qui ne bénéficient d’aucune exposition, d’aucun ancrage familial, d’aucun moyen financier ? Ce sera autour d’un des poisons de l’époque, la surveillance généralisée, qu’ils vont se découvrir un insoupçonnable besoin l’un de l’autre. Du recueil massif de données à but commercial à la surveillance d’État en passant par l’espionnage individuel à des fins de vengeance personnelle, Antoine et L. vont avancer, ensemble, à petits pas ou par à-coups.

Dans ce grand roman de l’engagement, Alice Zeniter met en scène une génération face à un monde violent et essoufflé, une génération qui cherche, avec de modestes moyens mais une contagieuse obstination, à en redessiner les contours. L’auteure s’empare audacieusement de nos existences ultracontemporaines qu’elle transfigure en autant de romans sur ce que signifie, aujourd’hui, faire de la politique.

Comme un empire dans un empire, parution le 19 août 2020, 21 €, 145 x 220 mm, 416 pages, ISBN : 9782081515437.

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Feuilleter les premières pages

Alice Zeniter est née en 1986. Elle a publié cinq romans, parmi lesquels Sombre dimanche (Albin Michel, 2013, prix du Livre Inter, prix des lecteurs de L’Express et prix de la Closerie des Lilas), Juste avant l’oubli (Flammarion, 2015, prix Renaudot des lycéens) et L’Art de perdre (Flammarion, 2017, prix littéraire du Monde et prix Goncourt des lycéens). Elle est dramaturge et metteuse en scène.

Extrait…

« On a dit beaucoup de choses de moi mais jamais que j’étais banal, le Ciel m’en préserve ! » avait un jour lancé le député pour qui travaillait Antoine. La théâtralité avec laquelle il avait feint l’inquiétude en portant sa main sur le cœur (sur la chemise à rayures fines sous laquelle, derrière les possibles poils grisonnants, la peau, la mince épaisseur de graisse, de chair, et la cage des côtes, se trouvait le cœur) n’était pas parvenue à dissimuler la sincérité de sa prière. La phrase, jetée en l’air pour le plaisir de la conversation et de l’autocongratulation, avait atteint Antoine de plein fouet – il l’avait vue comme une de ces balles tirées dans les films d’action hollywoodiens et qui, pénétrant dans l’épaule du héros, réussissent à le faire pivoter à 180 degrés en défiant toutes les lois de la physique.

Antoine avait peur qu’on l’ait déjà qualifié de « banal ». L’adjectif lui paraissait suffisamment décisif pour étouffer les rêves immenses et bleutés, généralement flous, qu’il sentait s’agiter en lui. Après la remarque du député, il s’était même laissé aller à penser qu’il s’était peut-être construit contre ce mot et la frayeur que ses cinq lettres pouvaient lui inspirer.