EXTRAIT


« Le bébé avait été fait enfant de Dieu, il venait de renaître, lavé de son péché originel, et je n’ai pas chanté. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce samedi de Pâques, dans cette paroisse bondée, quand le cri de François-Joseph a transpercé le silence compact et minéral, un silence d’expectative et de froissement, de frottement, de poc contre le pupitre amplifié au micro, le silence d’une manipulation, toute l’église tendue à en guetter l’aboutissement, sauf lui, ce bébé nu qu’on venait d’immerger en entier par surprise et que la sidération avait d’abord fait taire, ce nourrisson à qui il avait fallu quelques instants pour encaisser le choc et crier, hurler, s’époumoner et agiter ses petits poings rougis sous la voûte tandis que son père, l’ayant repris des mains du curé et sommairement enroulé dans un linge immaculé, le brandissait à bout de bras et tournait sur lui-même en découvrant ses boutons de manchette, hissait au-dessus de son crâne précocement dégarni ce nourrisson trempé qui se contorsionnait dans sa chrysalide, ce nourrisson en colère braillant son appel vers les arcades et implorant en vain les bras glaciaux de son Créateur sous le regard craintif de sa mère, les mains ouvertes dans sa direction, impatiente de pouvoir l’emporter dans la sacristie pour le frictionner, le réchauffer, le rhabiller et s’imprégner de sa bonne odeur de saint chrême maintenant qu’il était devenu enfant de Dieu et frère de Jésus, Alléluia, comme le proclamait la chanson que toute l’assistance entonnait à présent, sauf moi. »

La confession, parution le 28 août 2024, 22 €, 135 x 210, 288 pages, ISBN : 9782080455963. 

Née en banlieue parisienne en 1988, Romane Lafore est éditrice et traductrice de l’italien. Elle est l’autrice de Belle infidèle (Stock, 2019).

LE LIVRE


Quel crime a commis Agnès pour ressentir aujourd’hui l’impérieux besoin de se confier ? Cette jeune catholique pratiquante était pourtant parvenue à rendre sa vie conforme à son rêve de petite fille, correspondant point par point au scénario espéré par sa famille : à vingt ans, elle avait rencontré son futur mari au très prisé bal du Triomphe des saint-cyriens ; deux ans plus tard, elle avait abandonné sans regret ses études pour suivre cet officier en régiments à Bayonne, où elle avait attendu tranquillement que s’accomplisse sa destinée de mère de famille nombreuse. Engagements, foi, sociabilité : elle avait tout bien fait. Mais les mois ont passé, puis les années, et son ventre est resté vide. Et cette maternité qui se refuse, en instillant chez Agnès le sentiment de son imperfection et de son inutilité, a provoqué en elle une fissure. Au point de la pousser à commettre ce qui ressemble au pire, à ses yeux comme à ceux de sa communauté.

Dans ce roman haletant et glaçant, Romane Lafore met en scène une jeune femme, hantée par le bien et le mal, et qui tente de trouver son chemin entre culpabilité et liberté.

LE LIVRE


Quel crime a commis Agnès pour ressentir aujourd’hui l’impérieux besoin de se confier ? Cette jeune catholique pratiquante était pourtant parvenue à rendre sa vie conforme à son rêve de petite fille, correspondant point par point au scénario espéré par sa famille : à vingt ans, elle avait rencontré son futur mari au très prisé bal du Triomphe des saint-cyriens ; deux ans plus tard, elle avait abandonné sans regret ses études pour suivre cet officier en régiments à Bayonne, où elle avait attendu tranquillement que s’accomplisse sa destinée de mère de famille nombreuse. Engagements, foi, sociabilité : elle avait tout bien fait. Mais les mois ont passé, puis les années, et son ventre est resté vide. Et cette maternité qui se refuse, en instillant chez Agnès le sentiment de son imperfection et de son inutilité, a provoqué en elle une fissure. Au point de la pousser à commettre ce qui ressemble au pire, à ses yeux comme à ceux de sa communauté.

Dans ce roman haletant et glaçant, Romane Lafore met en scène une jeune femme, hantée par le bien et le mal, et qui tente de trouver son chemin entre culpabilité et liberté.

Née en banlieue parisienne en 1988, Romane Lafore est éditrice et traductrice de l’italien. Elle est l’autrice de Belle infidèle (Stock, 2019).

EXTRAIT


« Le bébé avait été fait enfant de Dieu, il venait de renaître, lavé de son péché originel, et je n’ai pas chanté. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce samedi de Pâques, dans cette paroisse bondée, quand le cri de François-Joseph a transpercé le silence compact et minéral, un silence d’expectative et de froissement, de frottement, de poc contre le pupitre amplifié au micro, le silence d’une manipulation, toute l’église tendue à en guetter l’aboutissement, sauf lui, ce bébé nu qu’on venait d’immerger en entier par surprise et que la sidération avait d’abord fait taire, ce nourrisson à qui il avait fallu quelques instants pour encaisser le choc et crier, hurler, s’époumoner et agiter ses petits poings rougis sous la voûte tandis que son père, l’ayant repris des mains du curé et sommairement enroulé dans un linge immaculé, le brandissait à bout de bras et tournait sur lui-même en découvrant ses boutons de manchette, hissait au-dessus de son crâne précocement dégarni ce nourrisson trempé qui se contorsionnait dans sa chrysalide, ce nourrisson en colère braillant son appel vers les arcades et implorant en vain les bras glaciaux de son Créateur sous le regard craintif de sa mère, les mains ouvertes dans sa direction, impatiente de pouvoir l’emporter dans la sacristie pour le frictionner, le réchauffer, le rhabiller et s’imprégner de sa bonne odeur de saint chrême maintenant qu’il était devenu enfant de Dieu et frère de Jésus, Alléluia, comme le proclamait la chanson que toute l’assistance entonnait à présent, sauf moi. »

La confession, parution le 28 août 2024, 22 €, 135 x 210, 288 pages, ISBN : 9782080455963.